Un nouveau mail de Denis Puthiot depuis Port au Prince
La situation générale du pays n’est pas toujours très claire pour la population. Les gens sont toujours dans la rue, dans des camps provisoires ou pour beaucoup regroupés près de leurs habitations, attendant des aides en logement, alimentation, eau et médicaments.La grande majorité des habitants de Cité Soleil et de la Plaine sont restés sur place. Rares sont ceux qui sont partis en province, contrairement aux habitants de Port-au-Prince ou Delmas, les communes les plus touchées. Près de 500.000 personnes seraient déjà parties en province.
La vie reprend petit à petit, la plupart des stations services, magasins, banques, marchés, marchandes ambulantes, non touchés par le séisme, reprennent leurs activités. Seule, l’électricité n’est pas encore revenue. Au niveau des secousses, celles-ci sont devenues plus rares. Officiellement, il y a toujours des risques, même de séismes majeurs. Tout le monde est donc dans la rue, rares sont ceux qui se risquent à dormir à l’intérieur de leur maison, certains à cause des nuits fraîches. Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore eu de pluies, chose que redoutent les instances médicales. Les camps provisoires annoncés par le gouvernement (à Croix des Bouquets notamment) ne sont toujours pas ouverts. Chaque jour, les distributions de nourriture, eau et autres provoquent violence, gros mouvements de foules, frustrations, …
Officiellement, les derniers chiffres dénombrent :
- plus de 200.000 morts identifiés (donc sans compter tous ceux qui sont toujours sous les décombres, il faudra plusieurs semaines encore avant de tout déblayer) et ceux enterrés ou brûlés immédiatement par la population. (près de 3 % de la population).
- Plus de 300.000 blessés, dont près de 4.000 cas d’amputation de pieds, jambes ou bras (de nombreux abus ont d’ailleurs été dénoncés).
- Plus de 250.000 maisons détruites à Port-au-Prince.
- 500.000 personnes déplacées en province.
- Près de 75 % des écoles et universités détruites à Port-au-Prince et sa banlieue.
Les familles de Fourgy sont dans l’ensemble plus touchées que celles de Cité Soleil, près des ¾ des maisons sont à reconstruire… Les familles sont donc dans la rue pour un bout de temps… n’ayant plus rien. Presque tous ont perdu leur travail ou leurs activités de petits commerces. Ils sont donc obligés de survivre au jour le jour, sans possibilités de penser à reconstruire leur maison détruite. Ce problème de logement est donc un problème majeur, surtout avec les saisons des pluies à venir, dès le mois de février avec une grosse saison en mai, juin. La saison cyclonique démarre le 1er juin.
Actuellement, un sac de riz de 25 kg coûte environ 29 €. Il coûtait 18 € avant le séisme. Le taux de change n’est plus que de 38,50 gourdes pour 1 USD, au lieu de 41 gourdes. Les prix augmentent petit à petit. Une aide vraiment minime de 50 euros par famille permettrait aux familles de survivre pendant une semaine ou 10 jours. Très peu de familles ont accès aux distributions de nourriture qui n’atteignent pas encore la Plaine. Dans la Cité Soleil, il faut être vraiment très actif pour espérer en profiter.
Le coût d’une pièce de maison (blocs et tôles avec une porte en bois, serait d’environ 1300 € actuellement.
Le coût de location d’une pièce de maison était environ 300 € pour un an (Cité Soleil ou La Plaine), mais étant donné le nombre de maisons détruites, les pièces disponibles sont beaucoup plus rares et donc beaucoup plus chères. Une aide pour une location serait très utile aux familles ayant perdu totalement leur maison.
Au niveau du renforcement des micro-crédits, je pense qu’il faudrait voir cela dès le mois de mars car il est très important aux familles de reprendre des activités de commerce.
(...)
Pour la cantine, le PAM n’a pas encore repris ses activités au niveau des écoles. Ils sont pour le moment débordés par les problèmes de distribution de la nourriture aux familles déplacées dans les abris provisoires ou dans la rue.
Pour l’état des bâtiments de Saint-Alphonse, je suis venu avec un ingénieur ce matin pour une première expertise des dommages. Selon lui, le bâtiment abritant le dispensaire, sur le côté droit en entrant, avec deux étages, n’est pas sécuritaire. Environ la moitié des poteaux (6 sur 12) sont craqués, la première dalle s’est un peu affaissée. Ce bâtiment devra donc être détruit. Nous allons le plus rapidement possible étayer la dalle (10 douzaines d’étais métalliques) pour la soutenir et sécuriser la cour. Je pense qu’il faudra démolir le bâtiment étage par étage.
Les autres bâtiments, bien que touchés, sont aisément réparables. Les travaux sont nombreux, certains anciens murs sont à détruire. La partie des classes non refaites l'an dernier est à reconstruire.
Il faudra cependant attendre une expertise officielle du gouvernement ou du Ministère de l’Education Nationale avant de reconstruire. Nous ne savons pas encore quand cela pourra se faire, les besoins sont tellement immenses.
Le gouvernement a cependant déjà annoncé par voie de presse l’interdiction de toutes nouvelles constructions, celles-ci devront répondre désormais aux normes antisismiques.
Il nous faut donc attendre encore avant de pouvoir reprendre des constructions, qu’en sera-t-il des anciennes constructions ? A suivre toujours. Nous pouvons cependant faire des réparations au niveau des murs de clôture, des travaux de consolidation, démolitions et nettoyage.
Au niveau de la Plaine, les bâtiments ne sont pas gravement touchés mais nécessitent quelques réparations, ainsi que la clôture. Je fais faire un devis pour une réparation rapide de la clôture pour la sécurité de l’établissement.
Pour la reprise des activités, des réunions sont prévues avec les professeurs et les parents dans les prochains jours. Nous ne savons toujours pas si l’on aura la possibilité de recevoir des tentes pour la reprise des activités scolaires. Les tentes sont très difficiles à obtenir, nous n’avons pas encore pu en avoir pour les familles. Un terrain de football, à 100 mètres de l’école, pourrait servir aux activités provisoirement, d’autres écoles effondrées de la zone pourraient s’y joindre.
La cour de Fourgy peut également accueillir ces activités qui pourraient démarrer au mois de mars.
J’essaie d’envoyer des photos … mais c’est très dur d’avoir le signal Internet, je reste sans connexion souvent plusieurs jours de suite.
Bises à tous
Denis
La faim est toujours
présente partout en Haïti. C’est en fait une situation normale pour une
population quasi sans salaires ! Selon les statistiques, plus de 85% de la
population est au chômage.
Aujourd’hui, l'école
Saint Alphonse est sur le point de redonner espoir et confiance. La cantine
scolaire et le programme de micro crédit de SOS Enfants ne cessent d’attirer
élèves et parents de Cité Soleil.
La situation d’Haïti
est dominée par les conséquences des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike qui ont
frappé l’été dernier (16 août à 7 septembre 2008). Le Ministère de l’Education
Nationale et de la Formation Professionnelle avait reporté au 6 octobre la
rentrée des classes prévue initialement pour le 2 septembre.
Le pays sombre vraiment
dans une misère incroyable, avec le coût de la vie impossible et les méfaits de
ces trop nombreux cyclones…
L'école a subi de gros
dégâts et nécessite de nombreuses réparations, comme vous pouvez le voir. Le
toit de la cantine s'est effondré dans l'école. Les salles de classe ne sont
plus sécurisées. Les tôles sont très abîmées et de gros trous sont apparents
dans les murs.
Hanna a vraiment créé
d'énormes dégâts partout dans le pays, mais surtout encore une fois à Gonaïves.
les gens au téléphone disent que c'était trois fois pire que pour Jeanne (3
jours de pluie au lieu de 3 heures).
Le cyclone Gustav a
fait pas mal de dégâts en Haïti. Beaucoup d'inondations, de victimes et de
dégâts matériels.
Après les années de chaos de 2004-2006, Haïti connaît à présent une stabilité à
encourager. Mais l’inflation bat son plein dans le pays. Le prix de tous les
produits a considérablement augmenté ces derniers mois. Une situation qui remet
en question le gouvernement Préval/Alexis. Celui-ci risque de tomber dans un
avenir plus ou moins proche…
La
population peut facilement vaquer à ses occupations sans s’inquiéter, mais il
reste difficile de savoir si le phénomène d’enlèvement des citoyens haïtiens et
étrangers a totalement disparu.