Cette année encore, les pluies n'ont été régulières qu'à partir de la fin juin, faisant échouer les semis de mai et du début juin.
La perspective d'une seconde année déficitaire a entraîné une hausse des prix des céréales, de 17.000 Fcfa* au début mai à plus de 25.000 Fcfa le sac de 100 Kg de sorgho en juin, dans certains marchés reculés de notre région.
Ce qui rend le riz (produit d'importation), habituellement repas des jours de fête, moins cher que le sorgho, repas quotidien.

Depuis le mois de mai, la banque alimentaire de l'AZN a acheté 103 tonnes de céréales, soit 1.035 sacs de 100 Kg achetés et transportés jusqu'à Guiè au prix de 24.000 Fcfa le sac et revendus au prix social de 18.000 Fcfa, ceci grâce à vos dons.
Mais, depuis la fin juin, nous remarquons que nos stocks ne s'écoulent que très lentement car les gens ont épuisé leurs ressources financières.

Parc à bétail communautaire, Guiè, Burkina FasoAprès avoir vendu une partie de leur bétail pour acheter des vivres, beaucoup de paysans se consacrent à des activités rémunératrices telles que la coupe du bois de chauffe ou la fabrication d'objets artisanaux qui seront vendus sur la capitale, au lieu de se consacrer, avec leur famille, à la production agricole pour assurer l'année à venir.
Pris au piège d'un quotidien si fragile, les femmes enceintes et les jeunes enfants seront les premières victimes.

Face à cette situation, nous avons décidé d'organiser durant la période critique du mois d'août une distribution gratuite de céréales aux 7.000 habitants des villages de l'AZN, soit 3 Kg par personne.

Cette opération sera organisée par les CVGT (Commissions Villageoises de Gestion des Terroirs), appuyées par les volontaires de l'AZN. Nous aurions voulu y ajouter une distribution d'Extrait Foliaire de Luzerne, pour permettre aux personnes les plus vulnérables de passer ce cap difficile, mais notre commande n'a pas encore pu quitter la France.

Par ailleurs, grâce aux travaux d'aménagement rural qu'entreprend la ferme pilote, de nombreuses personnes ont pu trouver, de janvier à mai, du travail rémunéré pour subvenir à leurs besoins en vivres.

Quelques éléments encourageants pour la sortie de cette crise :
- le maïs de la récolte 2005 des pays côtiers arrive sur le marché burkinabè, ce qui devrait faire baisser les prix en août.
- les cultures de maïs (céréale de soudure) ont bien démarré, grâce à des pluies régulières depuis la fin juin. Si cette culture réussit, elle assurera la soudure durant le mois de septembre.
- les légumes locaux et les feuilles comestibles sont abondants cette année.

Mais une saison pluvieuse ne s'apprécie vraiment que lorsqu'elle est terminée et que les récoltes sont dans les greniers (en novembre).

En cette année difficile, les paysans prennent encore plus conscience de la nécessité de remettre en cause leurs méthodes traditionnelles de travail, surtout en voyant ceux qui ont déjà fait le pas et qui ne souffrent plus de la famine.

Le défi de la Ferme Pilote de Guiè de redonner sa dignité au Paysan sahélien est plus que jamais d'actualité.

*1.000 Fcfa = 1,50 €

Henri GIRARD
Directeur de la Ferme Pilote de Guiè
Août 2005

Vous pouvez nous aider et participer à notre lutte contre la désertification au Sahel.