Une fois la trop maigre récolte consommée, dès le mois de janvier, dans la plupart des familles, la famine se ressent. De deux ou trois repas par jour, on ne se contente désormais que d’un seul ! « Je ne sais plus comment faire pour nourrir ma famille, j’ai déjà vendu ce qui me restait comme moutons, chèvres et poulets. Il n’y a plus rien à vendre chez moi ! J’ai demandé à des amis de me venir en aide avec un peu de mil mais depuis, ils ne se sont pas encore manifestés. Ma famille est sans provision ! » Ce sont les propos d’un chef d’une famille de quinze personnes qui ne sait plus comment nourrir les siens ! Les femmes sont les plus touchées, surtout dans certaines familles polygames où lorsque la famine survient chaque femme doit nourrir ses propres enfants, le mari ne pouvant plus rien assumer. Et nous sommes encore loin des prochaines récoltes qui ne commenceront qu’en septembre 2008.

Une femme de la quarantaine témoigne : « Nous n’avons pas pu récolter grand chose ; dès la Noël, notre mil était déjà fini. Nous mangeons une fois par jour et souvent rien. J’ai demandé de l’aide à mes parents et c’est avec ça que je me débrouille. Notre quotidien c’est le baagbènda (Feuilles d’oseille ou d’haricot cuites à l’eau avec un peu de farine). Pourvu que les enfants aient quelque chose à manger. Mon mari ne bouge pas ! Il ne fait rien ! Il me regarde avec mes enfants ! Si je prépare, il mange ; si je ne prépare pas, il ne dit rien. Il ne me demande jamais où j’ai trouvé le mil ».

Beaucoup ont même mangé les semences de la campagne agricole qui approchent et devront en racheter ou en quémander lorsque la pluie reviendra.

Chez les agriculteurs pratiquant le Zaï, Méthode Zaï pour la culture du sorgho au Sahel, Guiè, Burkina Faso il reste encore des céréales dans les greniers. Les enfants arrivent toujours à manger deux fois par jour. Beaucoup de ces familles ne connaîtront la famine que tardivement, d’autres ne la verront pas du tout. Un chef de famille témoigne : « J’ai toujours du mil dans mon grenier, je sais que je vais en payer, mais à partir du mois d’août. » Deux autres d’ajouter : « J’ai toujours du mil et cela me permet de préparer les trois mois de soudure qui arrivent. » ; « Moi, je ne devais pas payer du mil cette année, mais malheureusement, il y a beaucoup de gens qui sont en difficultés et qui viennent me solliciter de l’aide. Je ne peux pas ne pas leur en donner car ce sont des amis et des proches. Si chez moi je mange à ma faim et chez mon frère d’à côté ils mangent du baagbènda, ça me touche beaucoup si je ne lui donne pas. C’est ce qui fait que je connaîtrai moi aussi la famine dans le mois d’août. »

Les familles qui pratiquent le Zaï (voir encadré ci-dessous) souffriront peu de cette famine et auront la force de travailler pendant la saison pluvieuse.

Dans quelques familles, tout l’espoir repose sur les enfants qui sont en Côte d’Ivoire ou à la capitale. Ces derniers envoient de l’argent pour acheter du mil. Une veuve nous confie ses sentiments : « Je vis avec mes cinq enfants et c’est mon fils aîné qui est en Côte d’Ivoire qui fait vivre ses petits frères. Il m’a envoyé de l’argent de sa récolte de cacao pour les nourrir jusqu’au mois de mai. Les enfants ont un repas par jour mais ne se plaignent pas ; ça vaut mieux que rien. Les mois de juin, juillet et août seront très durs car il n’aura pas d’autre argent à m’envoyer ».

Grâce aux travaux rémunérés de la Ferme Pilote de l’AZN, sur les différents chantiers de réalisation de mares, de bullis, de routes et de périmètres bocagers en cours actuellement, beaucoup de familles arrivent à s’acheter des vivres. Nous avons recueillis le témoignage d’une femme sur le chantier du périmètre bocager de Cissé-Yargho : « Notre grenier s’est vidé dans le mois de janvier et depuis, notre mari a vendu tout son bétail pour assurer la survie de la famille. Il a donc demandé à chaque femme de s’occuper de ses enfants. J’ai pu payer du mil avec l’argent de mes contrats, ce qui me permet de nourrir mes enfants. »
Un jeune homme nous dit : « La vie est devenue très dure dans ma famille Avec l’argent de mes contrats, j’ai payé un sac de mil pour aider mon père à s’occuper de la famille. » Environ un millier de personne auront pu travailler sur ces ces chantiers en 2008, sur les 15.000 habitants que comptent les environs de Guiè.

La crise alimentaire mondiale et la vie chère qu’elle engendre viennent aggraver la vie des paysans. Le sac de mil ou de maïs de 100 Kg s’achète au marché local à 17.000 Fcfa (26 €). On ne pense même pas au riz qui, si on en avait les moyens, s’achèterait au village à 20.000 Fcfa (30 €) le sac de seulement 50 Kg. Alors qu’il y a quelques années, lors d’une famine, le riz importé était devenu moins cher que les céréales locales.

Cette année encore, la pluie semble tarder à venir et la saison sèche nous semble bien longue depuis septembre 2007. Ces famines répétées interpellent la société villageoise qui, engluée dans ses traditions, ne sait pas trop comment se relever et sortir de sa pauvreté récurrente.

David Sawadogo, Pamoussa Zida et Edmond Compaoré
Volontaires à l’AZN
Mai 2008

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