Magloire, enfants des rues de Kinshasa Son histoire, je l’ai entendue de sa bouche quelques jours avant mon départ.
Magloire avait 8 ans quand ses parents sont décédés à quelques jours d’intervalle, de maladies étranges. Ses oncles et tantes qui vivaient à côté d’eux ne l’ont pas explicitement chassé, mais depuis ce jour, ils l’ont traité de sorcier. Pointé du doigt comme responsable de la mort de ses propres parents, Magloire est parti : « C’est trop dur de vivre avec des gens qui ne nous aiment pas » m’a-t-il dit… et qui pourrait le juger ? Il m’a raconté sa première nuit, petit garçon, errant dans le noir en attendant le jour... Il a d’abord été recueilli dans un foyer de jeunes garçons, mais pour des causes financières, le foyer a dû fermer et Magloire s’est de nouveau retrouvé dans la rue. Il avait 10 ans. De petit garçon qu’il était, il est devenu jeune adolescent, se construisant dans les « valeurs » de la rue, au fil de ses rencontres, des petits boulots, des vols et des bagarres. Il n’a pas appris qu’il était digne d’être aimé et qu’il pouvait simplement être lui-même. Il n’a pas entendu quelqu’un lui dire « je t’aime », pendant tant d’années… Il s’est soumis aux règles de la rue et est devenu expert en « carapace » : il n’ouvrait sa douceur d’enfant que lorsqu’il était en pleine confiance.

Magloire, enfants des rues de KinshasaA première vue, on pouvait plutôt le décrire comme impulsif et dominateur (à droite sur la photo), même si sa joie communicative touchait tout le monde. Les éducateurs m’avaient expliqué que son oncle restait prêt à l’accueillir, mais que Magloire refusait. Comment concevoir, pour ce jeune adolescent, de quitter ce qui faisait sa vie depuis plus de 4 ans ! Ses amis, ses « petites amies », la cigarette ou le chanvre, et cette facilité de décider soi–même du lever, du coucher etc. Magloire avait acquis une place au sein du « groupe » du Rond Point Ngaba, un respect des plus petits qu’il frappait violemment et sans vergogne, et une vie de débauche qui exige une force immense pour s’en extirper ! Plusieurs fois, il m'a raccompagnée sur le chemin du retour et je le regardais partir en me disant qu’il ne dormirait pas sous un toit et qu’il ne serait pas en sécurité, « encore ce soir »…

Magloire, enfants des rues de Kinshasa Quelques jours avant mon départ, nous avons pris un temps tous les deux, et nous avons discuté pendant longtemps. J’avais du mal à mettre fin à nos discussions, à quitter son regard qui se perdait quand il parlait de ses parents : « Ils ne peuvent plus voir ce que je deviens » me disait-il dans un souffle, les yeux baissés. Je n’avais jamais pensé qu’il pouvait être si dur pour un jeune de la rue de n’avoir personne qui les regarde grandir… Ce soir là, il est de nouveau parti dormir sur un bout de carton, et le jour suivant, il avait disparu. Je ne l’ai pas revu.

C’est quelques mois plus tard que j’ai appris, par un éducateur du centre, qu’après une discussion avec le responsable du centre, Magloire avait enfin décidé de retourner chez son oncle. Des années de souffrances, des années de combats pour qu’il puisse prendre conscience que sa vie doit changer… et cette décision, ce déclic, qui prouve que rien n’est jamais perdu ! Il m’a écrit, par la suite, pour me dire qu’il était à l’école et qu’il ne m’oubliait pas. Son prénom résonne aujourd’hui comme une belle illustration du travail de Ndako Ya Biso, qui redonne aux enfants une place unique, leur rappelle que leur vie est précieuse, et les accompagne dans leurs décisions de vie !

Magloire, enfants des rues de Kinshasa Pour finir, j’ai eu la chance de retourner à Kinshasa cet été, pour quelques semaines, et ma plus grande joie a été de le revoir ! C’est un Magloire bien habillé qui m’a accueilli, le regard droit, et le sourire tellement plus authentique d’un jeune homme qui a choisit de construire sa vie sur du roc ! Merci à vous qui lui avez offert la possibilité de cet avenir, la chance de changer de vie, et de pouvoir être fier de lui !

Fanny
Février 2010

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