Dans cette lettre, j’aimerais vous en dire un peu plus sur eux, sur leur vie et la relation que nous avons tissée avec eux. Leur dure réalité peut devenir celle de tous les enfants qui n’auront pas la chance de croiser des éducateurs comme ceux du centre Ndako Ya Biso. Elle rappelle une urgence toujours plus pressante : celle d’aider tous les enfants actuellement en rupture sociale à retrouver une équilibre de vie.

Un enfant qui n'a pas retrouvé le chemin de la maison grandit dans la rue, la violence et ce qu'on appellerait la « débauche ». Dans tous les quartiers de Kinshasa, des grands jeunes se regroupent et forment des micro sociétés de rue. Elles sont en général dirigées par des « écuries », des sortes de gangs qui ont chacune leur nom. Au Rond Point Ngaba c’est l’écurie de « l'État Major » qui dirige la micro société : « Il y a quelques années, il y a eu une guerre entre les différentes écuries » explique Spaghetti, un ancien qui a passé 12 ans dans la rue. « Et c’est l'État Major qui a gagné. » Depuis, les écuries ont chacune un bout de territoire et arrivent à vivre en paix la plupart du temps.

Chaque chef a des responsabilités envers ceux qui vivent dans la rue sur son territoire. Si un enfant qui vit dans la rue fait une grosse bêtise, la victime peut se tourner vers le chef de l'écurie pour demander des comptes. Par exemple, l’an dernier, Magloire a disparu pendant 2 mois. Nous avons appris par d’autres enfants qu’il avait volé un des « grands » et qu’il avait dû fuir (une sorte de bannissement pendant plusieurs mois).

En travaillant auprès des enfants, nous avons donc rencontré ces grands jeunes qui survivent jour après jour en faisant de petits boulots. Leur avenir est souvent bien fermé et leur comportement montre un énorme besoin d’être vu et respecté : le même que l’on observe chez les enfants, mais en plus marqué. Souvent affublés du nom de « pomba », un équivalent de « caïd » ou « gros dur », ils ont grandi dans la rue et leur manière de vivre le reflète : ils n’arrivent pas à avoir de projets à longs termes, ils vivent d’expédients, ils ne construisent pas de famille stable... Ce sont des jeunes qui se sont construit selon les lois de la rue mais qui, pour la plupart, gardent l’espérance d’un changement, d’une évolution, d’une vie meilleure. Les rencontrer et vivre près d’eux a été très marquant, et m’a montré à quel point le travail du centre Ndako Ya Biso est essentiel, pour que les enfants n’en arrivent pas là un jour. Leurs noms se bousculent dans ma tête... Déboss, Alain, Cédric, Trézéguet, Ranger, Osell, Touré, Patrick, Moïse, Aimé, Trésor, Dieu ou encore Yannick et Bob et tant d'autres ! Comme je ne peux pas vous parler de tous, je vous parlerai des deux derniers que nous avons pu voir évoluer et changer au cours de ces dernières années. Yannick et Bob : leurs histoires sont très différentes...

Fanny
Mai 2009

Si vous voulez nous aider, vous pouvez parrainer les enfants des rues de Kinshasa.