Le Champ de Mars, grande place du centre ville en face du palais national, est encore habité par les sinistrés. Il est aujourd’hui l’un des plus gros défis pour les dirigeants. Pas un espace pour s’asseoir. D’ailleurs, ce serait risqué. Ce Champs de Mars faisait jadis la joie des visiteurs, il était un lieu de rencontre, un lieu de débat. On le surnommait « l’université populaire , car des gens qui se faisaient passer pour des maîtres racontaient toutes sortes d’histoires, écoutés par des dizaines de passants. Cette vieille place, limitrophe du palais national, est devenu depuis 15 mois un véritable ghetto, une zone d’insécurité, une zone vraiment insalubre.

Quelques places publiques dans d’autres communes ont été évacuées grâce aux efforts des maires, par exemple à Pétionville, la mairesse Claire Lydie Parent a pu faire une levée de fonds et verser ainsi 20.000 gourdes à chaque famille pour libérer les places publiques. A Delmas, il n’y a plus de sinistrés sur les places publiques. A Cité Soleil, la place Fierté Soleil est toujours assiégée, mais le nombre des victimes résidents a diminué. Quant à la commune de Port-au-Prince, toutes les places sont remplies de sinistrés. Donc, plusieurs points de cette prestigieuse ville sont transformés en bidonville. L’imprudence n’y est alors pas bonne conseillère ! D’après les estimations actuelles des Nations Unis, il y a environ un demi-million de personnes à reloger dans les différents camps où le séisme a frappé. C’est un grand défi pour le prochain gouvernement qui avait garanti à ces gens de leur construire des abris décents.
Le choléra et la saison pluvieuse
Education à l'hygiène, bidonville de Cité Soleil en Haïti Le choléra continue de faire des victimes. Avec l’arrivée de la période pluvieuse, l’épidémie apportée par du personnel de l'ONU inquiète davantage.
Le Ministère de la Santé Publique a organisé récemment une cérémonie aux fins de décorer les institutions et les personnes qui ont combattu les assauts du choléra. En effet, un travail significatif a été fait contre cette maladie. Les chiffres démentent, à l’évidence, les prévisions faites par certaines institutions. Grâce aux différentes formes de sensibilisation : médias, affiches et mobilisations directement vers les groupes organisés, le comportement hygiénique de la population a été vite amélioré. A noter que la DINEPA a assuré régulièrement la chloration des bassins d’eau, ce qui a évité que la population ne soit contaminée par l’eau qu’elle boit.
Avant la saison pluvieuse, les cas de personnes atteintes du choléra avaient nettement diminué. Nous n’avions presque plus de décès dus à cette épidémie. Mais depuis quelques temps, avec la pluie qui tombe régulièrement dans le pays, la tendance s'est renversée, le nombre de cas augmente à nouveau rapidement et, à Cité Soleil, la situation devient très aigüe. On y reviendra. Souhaitons toutefois, que les nombreux cyclones prévus pour cette saison ne nous ouvrent pas la voie à une pandémie.
L’inflation et le chômage
Avec la montée du prix du pétrole sur le marché international, le gouvernement a décidé de ne plus supporter les charges. Le prix de l’essence a donc augmenté sur le marché haïtien (environ 25 %) et son impact sur les besoins fondamentaux de la population tels que l’alimentation et le transport est automatique.
Les prix des produits de première nécessité ne cessent d’augmenter. Dès l’annonce de l’augmentation des produits pétroliers, les modifications sur le prix des denrées alimentaires étaient déjà perceptibles. Tout augmente sur le marché. Un exemple simple, une boisson que l’on pouvait acheter 20 gourdes, se vend maintenant à 25 gourdes.
Ce qui inquiète davantage, c’est cette éventualité d’une flambée des prix des produits alimentaires à l’échelle internationale. En général, au printemps, le prix des denrées monte. Si c'est le cas cette année, nous risquons de faire face à la famine. E
n effet, le pouvoir d’achat de la population a diminué depuis le tremblement de terre de 2010. Beaucoup d’activités commerciales ont été fermées et bien des gens ont perdu leur emploi. Des milliers de familles souffrent. D’ailleurs, en Haïti, quand une personne travaille dans une famille, c’est elle qui supporte les autres. Si au niveau national la solidarité diminue, elle reste au niveau familial un élément incontournable d’existence. Le niveau économique d’une personne qui travaille ne varie pas facilement, car, non seulement les salaires ne sont pas équitables, mais le salaire d’une personne est en réalité le salaire de toute une famille. Les transports en commun sont le secteur d’activité qui a connu le plus grand impact. Alors que l’augmentation des prix des produits pétroliers n’excèdent pas la barre des 30 %, le prix des transports publics a atteint, pour certains, une augmentation allant jusqu’à 100 %. C’est le cas notamment pour le trajet Cité Soleil-Théâtre national en tap-tap qui est passé de 5 gourdes à 10 gourdes. Ces modifications ne restent pas sans influencer les écoles. Les parents qui n’avaient déjà pas de grands moyens se retrouvent obligés de donner aux enfants deux fois plus d’argent qu’auparavant pour leur transport. La déduction est claire : le nombre des absences augmente, la voie de la déperdition scolaire est ouverte.
Situation d’Haïti sur le plan politique
L’actualité de la politique haïtienne est dominée par les résultats définitifs des dernières élections législatives et présidentielles. Comme prévu pour les présidentielles, le chanteur populaire Michel Martelly, autoproclamé depuis longtemps président du compas haïtien, a largement gagné les élections selon le CEP, avec plus de 67 % des voix. Sa rivale, Madame Mirlande Manigat, a obtenu environ 31 % des voix. Mécontente, elle a dû cependant reconnaitre sa défaite.
A signaler que le pays aurait connu de très mauvais moments si le Conseil Electoral Provisoire avait « truqué » les résultats au profit de Mme Manigat. A rappeler que monsieur Martelly avait été admis au second tour grâce aux pressions populaires. Presque partout dans le pays, il y avait eu des émeutes populaires. Cette fois, la population était prête à aller plus loin. Dans le sud du pays, les machettes ont connu une vente inimaginable ! Heureusement, le CEP a proclamé les résultats préliminaires que la population espérait et la guerre civile a été écartée.

Le peuple attend beaucoup de ses dirigeants. Les promesses électorales avaient charrié de nombreux besoins. Une éducation gratuite pour le Primaire, de qualité accessible à tous les enfants, le relogement des sinistrés du séisme, des emplois, un programme de santé pour tous.

Enfant de Cité Soleil en HaïtiDes petites maisons construites par les ONG coûtent chacune environ 4.000 $. Si l’on tient compte de ce chiffre, pour reloger 600.000 familles, on aura besoin de 28 milliards de gourdes, alors que notre PIB ne dépasse généralement pas la barre des 36 milliards de gourdes !...

Une fois encore, nous vous disons notre grande reconnaissance et vous assurons de l’importance de vos efforts et de votre présence à nos côtés pour le meilleur fonctionnement des écoles Saint-Alphonse, malgré les grosses difficultés rencontrées, notamment après le séisme du 12 janvier dernier.

Vous qui lisez ces lignes, rejoignez notre action !

Par le parrainage d'enfants, tous ensemble, nous participerons à ce changement des conditions de vie des jeunes de notre bidonville et contribuerons ainsi à faire renaître l'Espoir dans Cité-Soleil.

Ricot Pierre, Directeur Général
CASA - Conseil d’Administration de Saint-Alphonse
Port-au-Prince, 26 avril 2011