C’est à leur arrivée à Kinshasa que les enfants se sont aperçus qu’il y avait un écart entre le discours des bourreaux et la réalité, qu’ils n'étaient pas venus pour mieux vivre, mais plutôt pour être exploités. Les bourreaux ont commencé à les malmener, les violenter et les torturer. Ils leur ont appris à voler pour nourrir le groupe, c’est-à-dire les bourreaux et leurs familles. Certains ont même été forcés à consommer la drogue pour mieux opérer.

Des faits que nous avons dénoncés auprès des autorités locales et certaines agences des Nations Unies à Kinshasa, mais sans jamais aucune suite.

Ne pouvant pas supporter ces supplices, ces enfants sont parvenus à s’échapper et ont rejoint les groupes d’enfants qui vivent dans la rue, parmi lesquels ceux qui fréquentent notre Centre Ndako Ya Biso. C’est avec ces jeunes que ces victimes d’enlèvement sont arrivés chez nous. Nous les avons accueillis puis mis en confiance. Après leur avoir longuement écoutés, nous sommes parvenus à obtenir des informations qui nous ont permis de connaitre leur histoire et d'obtenir les informations nécessaires pour joindre leurs familles à Tshikapa. Aidés par le curé d’une paroisse de Tshikapa, nous avons pu obtenir des accords de réunifications avec les différents parents.

Les enfants étaient impatients de retrouver leurs familles… Plusieurs mois, voire plusieurs années pour certains, avaient passé depuis leur enlèvement !
Aussi, n’ayant pas obtenu les appuis nécessaires pour permettre à ces enfants de retrouver leurs familles, nous avons décidé d'assurer nous-mêmes le voyage des enfants pour Tshikapa en compagnie de deux éducateurs, Kpanya Jean Didier et Mushiete Arnold.

Nous sommes partis de Kinshasa en bus le 27/08/2019 pour arriver le 29/08/2019, après bien des péripéties, à Katshongo, un des importants postes de police à l’entrée de Tshikapa. Ce dernier barrage était difficile à passer. Par chance, le général de la police de Tshikapa est arrivé au poste. Après avoir entendu l'objet de notre mission, il n’a pas hésité un seul instant à nous venir en aide et nous a conduits au gouvernorat pour nous présenter aux autorités.

Présentation aux autorités
Arrivés au gouvernorat, nous avons rencontré le directeur du cabinet du gouverneur qui a été très touché par l'histoire de ces enfants. Après consultation du Gouverneur, il a décidé de s’impliquer personnellement et nous avons fixé ensemble le programme de la journée, qui consistait tout simplement à retrouver les familles des enfants.

Rencontre avec les parents des enfants
Retour en famille d'un enfant victime de trafic d'enfants à Kinshasa, RD Congo< La recherche des familles avait été déjà réalisée par l’abbé Kalambayi qui, à partir des informations que nous lui avions transmises, nous avait permis d’entrer en contact avec elles. A notre arrivée, le gouvernorat a mis à notre disposition une jeep de la police. Nous avons fait le tour de la ville et en une seule journée, nous sommes parvenus à retrouver la famille de chacun des sept enfants. Mais le message du gouvernorat était clair : tous les parents devraient se présenter avec leurs enfants le jour suivant, c’est-à-dire le jeudi 30 août 2019.

Remise officielle des enfants à leurs parents
Les familles ont été reçues par le gouverneur Pieme Dieudonné qui a procédé à la cérémonie officielle de remise des enfants aux parents, dans la salle de conférence du gouvernorat.

Plusieurs discours se sont succédé :
Remise officielle des enfants victimes de trafic d'enfants à leurs parents dans la salle du conseil du gouvernorat de Tshikapa, RD Congo
  • Mot des parents pour remercier les éducateurs de Ndako Ya Biso et saluer l’implication du gouverneur, mais aussi présenter leur inquiétude par rapport au manque de vigilance des services de police qui laissent passer les kidnappeurs avec les enfants (frontière poreuse) et solliciter des mesures fortes pour décourager le trafic d'enfants.
  • Mot des enfants pour remercier le gouverneur et solliciter son implication personnelle pour leur scolarité. Car, si les bourreaux ont pu les ont trompés, c’est parce qu’ils étaient oisifs et n’allaient pas à l’école.
  • Mot du gouverneur qui a d’abord salué la bravoure des éducateurs du centre Ndako Ya Biso. Il a ensuite dressé une parole paternelle aux enfants pour leur assurer son soutien et leur promettre la mise en place d’un suivi de leur réintégration par l’un de ses conseillers en matière d'affaires sociales. Mais il a aussi invité les parents à prendre vraiment leur responsabilité pour la protection de l’enfant et leur a adressé une mise en garde contre toute négligence.
La remise officielle des enfants aux parents s'est faite par un geste symbolique en plaçant la main de l’enfant dans la main de son parent, suivi de la remise d’une enveloppe contenant la somme de 90 $. Cette somme représente un appui important pour permettre à chaque famille de bien accueillir son enfant, de commencer une activité génératrice de revenus pour se stabiliser et assurer au mieux sa prise en charge.
Retrouvailles entre une maman et son enfant victime de trafic d'enfants à Kinshasa, RD Congo Elaboration d’un projet familial et individuel avec chaque enfant
Deux jours après la remise, nous sommes repassés dans les familles pour sensibiliser les parents et conscientiser les enfants en vue de favoriser la réintégration familiale et sociale. Tous les enfants avaient retrouvé leur place en famille. La plupart des parents avait déjà élaboré un projet familial pour mettre en place une activité génératrice de revenus.

En ce qui concerne les enfants, ils ont tous décidé de retourner à l'école, à l'exception du plus âgé qui a choisi d’entreprendre une formation professionnelle. Nous les avons réinscrits dans l'école la plus proche de leur domicile et contacté une ONG locale qui est prête à assurer le soutien et le suivi scolaire de ces enfants.
Réunification familiale d'enfants victime de trafic d'enfants à Tshikapa, RD Congo Y a-t-il encore d’autres enfants victimes à Kinshasa
Lors de notre séjour à Tshikapa, nous avons reçu près d’une trentaine de parents à la recherche de leurs enfants. Les informations récoltées indiquent bien qu’il y a encore plusieurs enfants entre les mains des bourreaux. Ces parents, à travers leurs demandes pressantes, sollicitent qu’on puisse leur venir en aide pour retrouver les enfants à Kinshasa et les rapatrier.

Conclusion
Notre mission a été rendue possible grâce à l’appui de la Communauté du Chemin Neuf. Elle n’a pas été facile. Mais nous sommes satisfaits que les sept enfants aient pu regagner leurs familles, dans la joie et dans une grande émotion. Nous tenons également à témoigner notre reconnaissance et exprimer notre gratitude à son excellence Monsieur le Gouverneur Pieme Dieudonné pour son implication et son soutien pour aider les familles et faciliter notre retour.

Arnold Mushiete et Jean-Didier Kpanya

Si vous voulez nous aider, vous pouvez parrainer les enfants des rues de Kinshasa.