Rassemblements désormais quotidiens des enfants
Au deuxième trimestre, nous avons changé de stratégie d’organisation de rassemblements.
Auparavant, les enfants ne se présentaient qu’une fois la semaine pour le rassemblement. Actuellement, les enfants se présentent au Point d'Ecoute chaque jour pour des animations sportives et culturelles.
Des séances d’alphabétisation et des cours de rattrapage sont à présent dispensés chaque jour, une monitrice ayant été engagée tout spécialement à cet effet.
Nous prévoyons également de diversifier progressivement les activités afin de permettre à chaque enfant qui se présente au Point d'Ecoute de se sentir heureux et de fréquenter l’atelier qu’il désire (dessin, musique, danse, jeux divers……) Repas de midi servi aux des enfants des rues par le Point d'Ecoute
Nous avons construit une petite cuisine attenante au Centre et, depuis ce mois de mai, un repas chaud est servi chaque jour à midi à tous les enfants encadrés par le Point d'Ecoute. Ceci présente l'avantage de favoriser la participation des enfants non scolarisés aux activités proposées. Mais ce service de restauration permet en outre aux enfants scolarisés de venir déjeuner et d'éviter ainsi qu'ils ne s'absentent de l’école sous prétexte qu’ils étaient partis chercher à manger.
Réinsertion familiale et suivi des enfants
L’enfant doit évoluer dans une famille et non dans la rue et c’est pourquoi le Point d'Ecoute fait tout son possible pour permettre à un grand nombre d’enfants de quitter la rue. C'est ainsi que, durant ce trimestre, 12 enfants vivant dans la rue ont été réunifiés dans leur famille par nos soins.
Cependant, une autoévaluation a été faite et nous avons relevé une certaine faiblesse au niveau du suivi des enfants réintégrés loin de Gisenyi. Il se trouve que pour beaucoup d'entre eux, nous ne savions pas ce qu'ils étaient devenus, ou si ces enfants n'étaient pas repartis pour s’installer ailleurs dans d'autres villes.
Pour remédier à cela, au cours de ce trimestre, il a été organisé une série de visites de terrain afin de se rendre compte de la situation des enfants que nous avons réunifiés en dehors de Gisenyi.
C'est ainsi que nous avons pu constater que, sur 23 jeunes/enfants visités:
  • 2 sont mariés et devenus autonomes
  • 14 se débrouillent très bien dans leurs familles
  • 4 sont scolarisés à l'école primaire et 1 à l’école secondaire
  • 2 sont partis ailleurs et pas d’adresse connue.
Les visites organisées ont été utiles car nous avons pu nous rendre compte que notre travail a apporté des fruits, vu que la majorité des enfants réintégrés sont restés dans leurs familles et qu’ils contribuent activement à la survie de leur familles et au développement de leur milieu. Cette activité de suivi à l'extérieur de Gisenyi continue.
Réinsertion scolaire
Les élèves encadrés par le Point d'Ecoute ont bénéficié de visites des animateurs aussi bien à l’école qu’en famille, ce qui permet de mieux suivre l’évolution de l’enfant. Aucune observation particulière à signaler durant ce trimestre pour les enfants visités si ce n'est quelques cas isolés d’absentéisme et d’irrégularité scolaire.
Contrairement aux années antérieures, les élèves de l’école secondaire ont également bénéficié de visites surprises ; les animateurs se sont respectivement entretenus avec les préfets des études, les enseignants, les intendants et enfin avec les collégiens.L’objet de la visite était de se rendre compte du comportement des enfants au collège, de leurs relations avec les autres collégiens et enfin de leur application en classe.
Les responsables scolaires ont apprécié la visite car cela leur a permis de mieux connaître la situation des enfants encadrés, de faire connaissance et d'échanger avec l’organisation qui apporte un soutien scolaire à ces enfants, et les échanges ont été fructueux.
Formation professionnelle
La promotion 2009 du Centre des métiers des Nazaréens vient d'avoir ses lauréats, la remise des certificats a eu lieu ce 26 Juin 2010. Le groupe qui vient de terminer était composé de 36 jeunes dont 15 encadrés par le Point d'Ecoute. Tous les jeunes ont obtenu les certificats et le premier certificat, c'est-à-dire meilleur résultat, a été obtenu par un jeune ressortissant du Point d’Ecoute qui suivait la formation en mécanique automobile.
Hélas, il était prévu 30 jeunes en formation professionnelle pour l’année 2010 mais le partenaire qui devait supportait ce programme vient de déclarer qu’il n’est économiquement pas en mesure de le faire. Faute de moyens, le Point d'Ecoute est donc obligé d’interrompre et modifier son plan d’action en matière de formation professionnelle.
Séminaire des enseignants
Repas de midi servi aux des enfants des rues par le Point d'EcouteDeux fois par an,, nous planifions un séminaire pour débattre des problèmes relatifs à la scolarisation des enfants en général et l’adaptation des anciens de la rue à la vie scolaire en particulier. Le séminaire du mois de mai a réuni 22 directeurs et 28 enseignants des écoles scolarisant des enfants encadrés par le Point d’Ecoute.
Une analyse des résultats scolaires a été effectuée. Quelques raisons avancées pour justifier les résultats non satisfaisants :
  • Le manque de suivi par les parents et les problèmes familiaux qui ont une retombée sur les enfants.
  • Le système d’enseignement avec promotion automatique qui favorise le laisser-aller pour la plupart des enfants.
  • L'enseignement depuis cette année en anglais, langue non maîtrisée tant par les enfants que par certains enseignants.

Le deuxième thème traité a été : Maltraitance et négligence physique et émotionnelle chez l'enfant.
Il a été choisi pour attirer l'attention des enseignants sur les conséquences psychologiques de la maltraitance infantile. En effet la maltraitance infantile peut entraîner des difficultés intellectuelles, voire même pousser l'enfant à faire le choix de quitter sa famille pour vivre dans la rue. Ce thème avait également pour objectifs la prise en charge de ces conséquences psychologiques pour les enfants scolarisés, la prévention et l’éradication de toute pratique pouvant mener à la maltraitance des enfants dans les centres scolaires.
Les enseignants ont été d’accord pour définir la maltraitance comme une violence par action avec usage de la force physique, émotionnelle et/ ou sexuelle. Ils ont donné une bonne définition de la négligence qui est une omission de comportements, gestes de tendresse, attentions, soins… qui doivent assurer le bien être de l’enfant.
Evoquant les types de maltraitances, les enseignants ont longuement discuté sur les maltraitances ci-après :
1. Maltraitance physique :
Ecchymoses et hématomes, plaies, cheveux arrachés, brûlures, fractures…
2. Maltraitance émotionnelle :
Surprotection, rejet, abandon ?troubles d’attachement
Humiliation : stigmatiser l'enfant, le rabaisser, le traiter d'idiot, enfant des rues, tête vide, ? image négative de soi.
Terreur : l’enfant est terrorisé par la violence, envers lui ou ses proches, syndrome d’angoisse, difficultés scolaires.
Isolement : isoler l’enfant, le priver de relations sociales en dehors de la famille, ne pas lui donner d'autonomie.
Encouragement des actes antisociaux :Ex : - inciter l’enfant à voler ? comportement asocial, délinquance.
3. Maltraitance institutionnelle
Pour un certain nombre d’enfants rwandais, la violence fait partie intégrante de leur vécu scolaire :
Travaux dégradants en guise de punition des absences, retard, …
L’emploi des punitions corporelles comme but de maintenir une discipline.

L'accent a été mis également sur la négligence qui reste inséparable avec la maltraitance. Il faut tenir compte des conditions économiques du pays et donc des familles.
Au Rwanda, la pauvreté extrême fait que certains enfants ne peuvent pas manger tous les jours, que les parents ne peuvent pas payer les soins médicaux ou envoyer les enfants à l’école… La négligence est l’une des conséquences de l’injustice qui divisent les pays pauvres et les pays riches.
- Négligence physique : habillement, soins médicaux, nourriture
- Négligence émotionnelle : ignorer l’enfant, ne pas lui donner de l’affection, ne pas répondre à ses besoins primaires
- Négligence pédagogique : ne pas suivre l'enfant au niveau scolaire, ne pas l'aider, manque d’intérêt et de stimulation …

Avant de clore la formation, les enseignants ont beaucoup discuté sur les comportements de maltraitance infantile dans les milieux scolaires et les attitudes adéquates à adopter face à un cas de maltraitance dans notre entourage. Un certains nombre a ouvert les yeux et de bonnes résolutions semblent avoir été adoptées pour le bien-être des enfants.

Nous vous remercions sincèrement de votre aide pour améliorer les conditions de vie de ces enfants si vulnérables.

Aloys Kaberuka
Coordonnateur du Point d'Ecoute
Août 2010

Pour favoriser sa réinsertion, vous pouvez parrainer un enfant des rues au Rwanda.