Un courriel der Denis Puthiot depuis Port au Prince
Hier, une forte secousse d’une dizaine de secondes a eu lieu au lever du jour, créant une panique dans la population. Il y a eu près de 60 secousses plus ou moins fortes depuis mardi dernier. Jusqu’à présent, environ 75.000 corps recensés ont été enterrés mais il y a sûrement beaucoup plus que 200.000 victimes. De très nombreux corps (la plupart) sont toujours sous les décombres. Il y a plus de 250.000 blessés. Près de la moitié des maisons de Port-au-Prince sont détruites ou très fortement endommagées. Avec une population de près de 3 millions d’habitants, Port-au-Prince avec sa proche banlieue, la plupart sont donc sans abri actuellement, dormant dans la rue, dans des places, terrains, en groupe, parfois de plusieurs milliers de personnes.Les pertes sont énormes, presque tous les bâtiments publics, les écoles, universités, magasins sont détruits. De nombreux étudiants et professeurs, médecins sont morts. Cela crée une véritable psychose et affectera le mental de la plupart des personnes. L’exode urbain est très importante et cela va bientôt créer des difficultés en province avec cet afflux de population.
De tous côtés, les regroupements de gens dans tous les quartiers réclament de l’aide, eau, vivres, médicaments, beaucoup se plaignant de ne pas avoir encore vu aucune instance. A certains endroits, il y a toujours des cadavres dans les rues.
De nombreux appels font état de personnes toujours vivantes sous les décombres mais la plupart des recherches s’arrêtent.
A mon niveau, l’état de ma jambe m’empêche de me déplacer. Gilles arrive demain et pourra m’assister. La Cité Soleil et la Plaine donnent l’impression d’avoir un peu moins de dégâts que la ville, c’est surtout parce qu’il y a peu de maisons en béton. La population y est cependant très touchée, dort également dans la rue, avec tous les problèmes que cela comporte, eau, nourriture, vêtements, hygiène, … Il leur faut également des couvertures, tentes, prélats.
Il y a eu plusieurs morts et de nombreux blessés. De nombreuses maisons sont effondrées ou endommagées. Un recensement au niveau des écoles de la Cité Soleil et de La Plaine est en cours, cela n’est pas toujours facile car il faut passer dans toutes les maisons, beaucoup sont également partis en province. Ce recensement ne sera que partiel. Un autre décès d’une élève de 2e année de Fourgy a été confirmé.
L’intervention à court terme est donc une aide aux familles en eau, nourriture, vêtements, matériel de cuisine,…
A moyen terme, il faudra reconstruire les écoles, avec éventuellement une démolition du bâtiment du dispensaire. Nous ne savons pas encore quand une évaluation officielle pourra être faite. Il faudra également aider les familles sinistrées à rentrer dans leur maison, les équiper.
Nous avons le programme de micro crédit dont nous devons également faire une évaluation des bénéficiaires. Beaucoup d’entre eux auront perdu maison, commerce, eu des parents décédés ou blessés. Une évaluation sera donc faite le plus rapidement possible. Georges, l’animateur était avec moi lors du séisme, mardi, dans une réunion sur le micro crédit. Il a ensuite tenté de regagner sa maison à Carrefour. Je n’ai pas encore de ses nouvelles depuis mais les communications téléphoniques ne sont toujours pas bonnes du tout.
Au niveau scolaire, je ne sais pas la décision que prendra de l’Etat en ce sens mais je pense que nous pourrons toujours, après le mois de mars ou avril, assurer des cours et des activités avec les enfants dans la cour de Fourgy en attendant la reprise des activités scolaires.
Aujourd’hui est venu me voir Maître Moïse, professeur de Mathématiques à l’école et responsable des problèmes informatiques. Il se trouvait au 3e étage de son école Infotronique en ville. Il a été projeté à l’extérieur et s’est retrouvé inconscient. Il avait plusieurs blessures à la tête, des dents cassées et blessé sur le corps. Il a passé plusieurs jours à Saint-Domingue dans un hôpital et rentré aujourd’hui même. Son école est complètement effondrée avec de nombreux élèves sous les décombres. Il a eu beaucoup de chance.
Je ne serai pas plus long car j’ai trop de difficultés à écrire et à envoyer ces messages. Il me faudrait un autre ordinateur car travailler dans ces conditions c’est vraiment décourageant.
A bientôt donc,
Denis
La faim est toujours
présente partout en Haïti. C’est en fait une situation normale pour une
population quasi sans salaires ! Selon les statistiques, plus de 85% de la
population est au chômage.
Aujourd’hui, l'école
Saint Alphonse est sur le point de redonner espoir et confiance. La cantine
scolaire et le programme de micro crédit de SOS Enfants ne cessent d’attirer
élèves et parents de Cité Soleil.
La situation d’Haïti
est dominée par les conséquences des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike qui ont
frappé l’été dernier (16 août à 7 septembre 2008). Le Ministère de l’Education
Nationale et de la Formation Professionnelle avait reporté au 6 octobre la
rentrée des classes prévue initialement pour le 2 septembre.
Le pays sombre vraiment
dans une misère incroyable, avec le coût de la vie impossible et les méfaits de
ces trop nombreux cyclones…
Hanna a vraiment créé
d'énormes dégâts partout dans le pays, mais surtout encore une fois à Gonaïves.
les gens au téléphone disent que c'était trois fois pire que pour Jeanne (3
jours de pluie au lieu de 3 heures).
Le cyclone Gustav a
fait pas mal de dégâts en Haïti. Beaucoup d'inondations, de victimes et de
dégâts matériels.
Après les années de chaos de 2004-2006, Haïti connaît à présent une stabilité à
encourager. Mais l’inflation bat son plein dans le pays. Le prix de tous les
produits a considérablement augmenté ces derniers mois. Une situation qui remet
en question le gouvernement Préval/Alexis. Celui-ci risque de tomber dans un
avenir plus ou moins proche…
La
population peut facilement vaquer à ses occupations sans s’inquiéter, mais il
reste difficile de savoir si le phénomène d’enlèvement des citoyens haïtiens et
étrangers a totalement disparu.
En tout cas, cette
fermeté de monsieur Préval a déjà modifié l’attitude des bandits. Désormais, on
peut observer une diminution des actes de banditisme à Cité Soleil et à travers
toute la capitale. Mieux encore, les bandits de la Cité Soleil ont autoproclamé
le 22 août dernier leur désarmement pacifique. Malheureusement, cela n’a pas
été fait à cette date, à cause d’attaque le matin même par les forces de la
Minustha. Ils souhaitent organiser une cérémonie patriotique pour une autre
occasion. Bien entendu, il semble que cette décision n’a pas encore la
bénédiction de tous les « chefs du milieu ». Toutefois, on y voit une meilleure
compréhension des raisons de l’insécurité de la ville par les autorités. Il
suffira au gouvernement Préval/Alexis d’appliquer intelligence et détermination
pour résoudre le problème.
Et pourtant des femmes
et des hommes continuent de lutter et essaient de construire, pour que leurs
enfants puissent un jour vivre dans ce petit pays qui portait, voilà quelques
décennies, le joli nom de Perle des Caraïbes !
Depuis le début de
cette année, l’école St-Alphonse fonctionne dans des conditions extrêmement
fragiles, le pays est au bord de la guerre civile. La violence a envahi le
quotidien des Haïtiens et cette situation est d’autant plus catastrophique dans
un bidonville tel que la Cité Soleil. Celui-ci est devenu le refuge des bandits
et les luttes armées pour le pouvoir ont fait de la capitale, Port au Prince,
un enfer.