Réouverture de nos écoles après le séisme
Après de nombreux
travaux de préparation, de démolition, de réhabilitation, la rentrée des
classes a enfin pu avoir lieu, le 5 avril pour les enfants de notre école de
Fourgy, le 12 avril pour ceux de Cité Soleil. A Fourgy comme à Cité Soleil, ils
sont accueillis sous des bâches parce que le Ministère de l’Education Nationale
a interdit que les cours se fassent sous des dalles de béton. Pour les salles
en tôles, il faut faire une expertise avant. Il est expressément demandé que
les cours se fassent sous des tentes ou des bâches. Si nous ne respectons pas
ces consignes, comme d’ailleurs le font d’autres organisations, nous aurions
toutes les responsabilités morales aussi bien que pénales en cas d’accident
provoqué par une catastrophe naturelle. Il ne faut absolument pas prendre ce
risque…Les cours terminent pour le moment à 11h, tout simplement parce qu’Haïti est un pays très chaud et qu’il est vraiment intenable de rester trop longtemps sous les bâches. Je crois que sous des tentes, ce serait encore pire. Plusieurs écoles en ont fait l’expérience. Après trois semaines de cours sous les bâches, les enfants ne voulaient plus venir à cause de la chaleur. Les activités n’étant pas encore des cours scolaires et comme beaucoup d’enfants ne sont pas encore venus, les enfants sont pour le moment renvoyés à 11h comme d’ailleurs la plupart des autres écoles. Certains renvoient même à 10 h. Une cantine scolaire permettrait de tenir les enfants un peu plus longtemps. Pour le moment, nous ne pouvons assurer la cantine faute de logistique, de moyens et de place. Mais nous leur donnons un goûter en fin de matinée avec des gâteaux secs et un jus de fruit car les enfants ont vraiment faim et ne pourraient pas tenir très longtemps.
Le Ministère de l’Education nationale a préparé un programme allégé de avril à août précisant que le premier mois devait être orienté sur l’aspect psychologique pour remettre les enfants traumatisés en confiance pour la reprise des cours scolaires progressivement le deuxième mois (mai). Ce quyi fait que, pour le moment, les activités pour le moment ne ressemblent pas à de simples cours scolaires, il s’agit beaucoup de faire s'exprimer les enfants au travers l’expression orale, le chant, le dessin, des travaux manuels, le sport, le jeu, le civisme, des films (télévision, DVD) et la musique, le spectacle… Dans ce domaine, nous avons encore des problèmes de matériels et manquons de support pédagogique divers.
L’effectif à Fourgy est d’environ de 150 enfants pour toutes les classes de primaire, les enfants sont encadrés par les professeurs et les membres de la Direction. Il sera éventuellement possible d’avoir d’autres personnes plus qualifiés et expérimentés pour l’encadrement des professeurs pour l’aspect psychologique des activités, mais il nous faut trouver des moyens pour payer leurs frais et leur donner une indemnité, même minime. Nous avons déjà quelques contacts à ce niveau.
Malheureusement, les pluies ne cessent pas et en ce moment, c'est presque tous les jours ... La cité est régulièrement inondée et il y a beaucoup de boue sur les routes. Les bâches ont du mal à résister aux fortes pluies. Il nous faut acheter encore d'autres lattes de bois. Ce qui est sûr, c'est qu'avec les pluies du mois de mai, les bâches vont vraiment souffrir. Des tôles seraient beaucoup plus solides, il va peut être falloir s'y résoudre, surtout si l'on prévoit les mêmes installations pour la prochaine rentrée d'octobre en attendant une reconstruction de l'école.
Maintenant, je me suis un peu arrêté d'écrire, j’espère pouvoir finir ce courrier ce soir. Il est 10h30 du soir. Nous sommes sous une pluie tropicale battante depuis près d’une heure, cela ne veut pas s’arrêter. Nous étrennons une tente que j’ai achetée, assez grande qui permet au moins quatre lits dont un grand. Nous avons installé également deux grosses bâches au dessus, pour que la pluie s’écoule plus rapidement et ne mouille pas trop la tente. Hélas, elle a plusieurs trous au sol et l’eau pénètre par le sol… Il faudra attendre que cela soit bien sec pour essayer de réparer. On se mouille depuis plusieurs jours, la pluie tombe plusieurs heures et de manière très forte. C’est toujours le branlebas de combat pour mettre les affaires à l'abri, retirer le maximum d’eau puis un grand nettoyage. Nous en profitons pour récupérer le plus d’eau possible dans les récipients. Mais cela n’est pas facile… surtout pour les petits. La nièce de Bénita a accouché samedi soir d’une petite fille à l’hôpital de Chancerelles où je l’ai emmenée. Dès dimanche matin, elle en sortait. Elle a dû s’installer à l’intérieur de la maison à cause des pluies et de la fraîcheur de la nuit qui n’est pas bonne pour le bébé…
Bon, après cet entracte, je m’arrête, comme la pluie d’ailleurs.
A bientôt
Denis

La situation générale du
pays n’est pas toujours très claire pour la population. Les gens sont toujours
dans la rue, dans des camps provisoires ou pour beaucoup regroupés près de
leurs habitations, attendant des aides en logement, alimentation, eau et
médicaments.
Hier, une forte secousse d’une dizaine de secondes a eu lieu au lever du jour,
créant une panique dans la population. Il y a eu près de 60 secousses plus ou
moins fortes depuis mardi dernier. Jusqu’à présent, environ 75.000 corps
recensés ont été enterrés mais il y a sûrement beaucoup plus que 200.000
victimes. De très nombreux corps (la plupart) sont toujours sous les décombres.
Il y a plus de 250.000 blessés. Près de la moitié des maisons de Port-au-Prince
sont détruites ou très fortement endommagées. Avec une population de près de 3
millions d’habitants, Port-au-Prince avec sa proche banlieue, la plupart sont
donc sans abri actuellement, dormant dans la rue, dans des places, terrains, en
groupe, parfois de plusieurs milliers de personnes.
Je suis allé à l’école
ce matin en moto. L’école est toujours debout. J’ai pu contrôler les bâtiments.
Personnellement, je n’ai pas remarqué que les murs soient réellement penchés.
Le sol de la cour est lézardé à plusieurs endroits. Il y a des fissures à
plusieurs endroits.
Depuis mardi, tout le
monde est obligé de rester à l’extérieur. Des secousses se font toujours
ressentir régulièrement jusqu’à présent. Les chances d’un autre séisme
important diminuent de jour en jour mais reste encore la crainte de tous. Les
consignes sont donc de rester en dehors des maisons encore quelque temps.
Je suis désolé de ne
pas avoir pu communiquer plus tôt pour vous donner de nos nouvelles. Je
n’arrive pas à avoir de signal pour l’internet.
La faim est toujours
présente partout en Haïti. C’est en fait une situation normale pour une
population quasi sans salaires ! Selon les statistiques, plus de 85% de la
population est au chômage.
Aujourd’hui, l'école
Saint Alphonse est sur le point de redonner espoir et confiance. La cantine
scolaire et le programme de micro crédit de SOS Enfants ne cessent d’attirer
élèves et parents de Cité Soleil.
La situation d’Haïti
est dominée par les conséquences des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike qui ont
frappé l’été dernier (16 août à 7 septembre 2008). Le Ministère de l’Education
Nationale et de la Formation Professionnelle avait reporté au 6 octobre la
rentrée des classes prévue initialement pour le 2 septembre.
Le pays sombre vraiment
dans une misère incroyable, avec le coût de la vie impossible et les méfaits de
ces trop nombreux cyclones…
Hanna a vraiment créé
d'énormes dégâts partout dans le pays, mais surtout encore une fois à Gonaïves.
les gens au téléphone disent que c'était trois fois pire que pour Jeanne (3
jours de pluie au lieu de 3 heures).
Le cyclone Gustav a
fait pas mal de dégâts en Haïti. Beaucoup d'inondations, de victimes et de
dégâts matériels.
Après les années de chaos de 2004-2006, Haïti connaît à présent une stabilité à
encourager. Mais l’inflation bat son plein dans le pays. Le prix de tous les
produits a considérablement augmenté ces derniers mois. Une situation qui remet
en question le gouvernement Préval/Alexis. Celui-ci risque de tomber dans un
avenir plus ou moins proche…
La
population peut facilement vaquer à ses occupations sans s’inquiéter, mais il
reste difficile de savoir si le phénomène d’enlèvement des citoyens haïtiens et
étrangers a totalement disparu.