en savoir plus sur la Ferme Pilote de Guiè au Burkina Faso
Au Burkina Faso, des paysans font reverdir le Sahel
Un article publié dans Le Monde du 18 juin 2008
Gaëlle DUPONT, envoyée spéciale au Burkina Faso
Un cheval est attaché à
l’entrée de la cour d’Ali Ouedraogo, dans la bourgade de Gourcy, à 150 km au
nord de Ouagadougou, la capitale burkinabée, en plein Sahel. Ce n’est pas banal
: l’animal est un signe de réussite, la preuve qu’à 78 ans, Ali Ouedraogo vit
mieux que ses voisins, paysans comme lui. Au milieu de sa cour, trois greniers
circulaires sont remplis de sorgho à ras bord. Il y a là de quoi nourrir toute
la famille jusqu’à la prochaine récolte, en septembre, peut-être même plus.
Quarante personnes, dont une ribambelle d’enfants, en vivent, alors que
d’autres familles sont déjà à court. Elles devront survivre avec le babenda, un
plat de disette au goût d’épinards fades, constitué d’une poignée de céréales
et de brassées de feuilles.Les champs d’Ali Ouedraogo ne ressemblent pas à ceux de ses voisins. Ici, l’habitude, c’est de déboiser, de planter et de récolter, jusqu’à épuisement des sols, puis de recommencer un peu plus loin. Les paysans laissent derrière eux un zipellé. Une terre stérile, aussi nue que du carrelage. Plus la population augmente, plus le besoin en terres est grand, et plus le sol s’épuise. C’est l’engrenage de la désertification, aggravé par les facteurs climatiques.
En 2007, dans la région
de Guiè, la saison pluvieuse a commencé en juillet, avec un mois de retard.
Puis, pendant deux mois et demi, les pluies ont été abondantes, souvent
destructives. A la mi-septembre, la pluie s’est arrêtée brusquement, un mois
trop tôt. Beaucoup de récoltes se sont desséchées avant de mûrir ; depuis la
famine est dans tous les esprits car chez nous tout le monde est agriculteur
!
Au niveau de la Ferme
Pilote de Guiè, nous accusons un sérieux déficit. Alors qu'une saison normale
donne autour de 750 mm, nous avons reçu 529 mm d'eau en 2006 répartis sur une
période de 26 semaines. Cela nous donne une moyenne de 20 mm par semaine sur
l'ensemble de cette période pluvieuse (24 avril au 19 octobre). Mais seules 23
semaines de cette période ont été réellement pluvieuses et 3 semaines n'ont
connu aucune pluie (deux en mai et une en octobre).
Contrairement à celle de
2004, la pluviométrie enregistrée en 2005 a été bonne, avec une difficulté de
taille pour les agriculteurs : gérer une bonne campagne agricole en même temps
que la famine faisant suite aux récoltes catastrophiques de 2004.
Vous avez été nombreux à réagir à
notre message concernant la pluviométrie 2004 relevée à la Ferme Pilote de
Guiè. Il faisait aussi état de la situation de famine dans notre région, suite
aux désastreuses récoltes de 2004.
La pluviométrie
enregistrée en 2004 a été une fois de plus catastrophique pour le Sahel, elle
engendre une famine dont les médias commencent à parler.